Archive | février, 2012

La Dolce Ferniente

23 fév

Aujourd’hui, je rencontrais une maman au bureau. Avant son arrivée, je me suis laissée aller à une petite conversation de cadre de porte avec Marc, le propriétaire du bureau, qui est aussi un grand ami de ma collègue psychoéducatrice (vous savez, celle qui veut bien partager son bureau avec moi) et un psychologue bien en demande.

Nous parlions de tout, de rien, et de tout à nouveau; du fait que j’étais malade, que je trouvais que c’était long à remonter la pente, cette fois-ci. Que cela me faisait réaliser à quel point j’en fait des choses, dans une journée et que cela me demande une quantité d’énergie assez exceptionnelle pour y parvenir. Puisque je n’y parviens pas depuis une semaine; j’ai du annuler plusieurs engagements, à mon plus grand regret, pour prendre le temps de prendre mon temps. Pour prendre le temps de me reposer, de me soigner, de ne penser à rien, puis à moi, un peu.

Puis il m’a dit : « Mais là, en ce moment, ça ne va pas? Tu as les oreilles qui bourdonnent, le nez bouché, la gorge en feu, les yeux qui piquent, la toux qui te prend? Pourtant, je te trouve énergique. » Et je lui ai dit en riant : « Ah bon! J’avais l’impression de n’être que l’ombre de moi-même! ».

Et c’est là que j’ai compris. Ou que j’ai commencé à comprendre. Je suis hyper exigeante. Je m’en demande trop. Je me sens à terre, à plat, appelez ça comme vous voudrez et pourtant, ce n’est pas ce que je dégage. Ce n’est pas ce que les autres remarquent chez moi. Et pourtant, je sens que je n’ai l’énergie de ne rien faire. Que je n’arrive pas à me concentrer. À réfléchir. À écrire. À faire de l’ordre dans mes idées. Mais dans les faits, c’est faux.

Alors, est-ce que j’exige trop de moi-même? Est-ce que j’essaie d’atteindre des exigences beaucoup trop élevées, de façon beaucoup trop continue? Est-ce que j’ai peur de décevoir? Et qui? Moi? Les autres? Mon paternel, symbole sublime de mon complexe d’Œdipe non résolu?

Est-ce que je pourrais m’en exiger moins? Ainsi, je serais en mesure de livrer la marchandise de manière continue, non interrompue de périodes de fatigue, de maladie, qui m’envoient clairement le signal de ralentir la cadence.

C’est vrai que les six derniers mois ont été fous; j’ai commencé un nouvel emploi à l’école, j’ai entamé ma pratique au privé, été sollicitée pour divers projets touchant à la psychoéducation, je travaille sur mon premier livre à paraître dans quelques mois, j’alimente mon blogue, je travaille sur une formation que j’animerai, sollicite des revues pour une éventuelle collaboration, me déplace dans les CPE, dans les écoles, chez les gens, je me lève à 6h pour écrire et je peux terminer une rencontre sur la rive nord à 20h30 la journée-même… En à travers tout ça, j’essaie d’avoir une vie, que ce soit avec mon chum, mes amis, ma famille, mon moi-même, diantre! (Ça m’a toujours fait rire, ce mot. « Diantre! ». Ça me rappelle mes cours d’arts dramatiques au secondaire).

Alors, j’ai peut-être le droit, d’être malade. De ne pas fonctionner à plein régime. De me reposer. De ne rien faire. De ne pas m’en sentir coupable. De l’apprécier, même! De ne pas vraiment terminer cet article.

-Stéphanie Deslauriers

Voyage, voyage

18 fév

Tout récemment, je suis allée en voyage. Pour la première fois, je foulais le sol européen, accompagnée de mon amoureux qui avait aussi le pied européen vierge.

Tout m’impressionnait, là-bas; la façon dont les espagnols ont d’indiquer le nom des rues, sur de la mosaïque couleur blanc crème, entourée de fioritures de fer; la façon dont les orangers sont disposés ici et là, aux abords du trottoir, dans une cour d’école, sur le parvis d’une église; la façon dont leurs bâtiments se tiennent, hauts et fiers, après des centaines et des centaines d’années d’existence; la façon dont ils peuvent vivre, aimer, pleurer, jouer dans des maisons, des appartements qui datent du 17e siècle et d’avant, même. De la même manière qu’ont vécu tour à tour une foule de générations, avec leurs valeurs, leurs mœurs, les façons de penser la vie, de la voir, de la vivre.

Je trouvais beaux les escaliers colorés nous menant à la plage, invitantes les portes massives de logis, intriguants, les volets fermés, au beau milieu de l’après-midi.

J’admirais la plage, surmontée du ciel, de montagnes, où s’empilent des maisons blanches.

J’étais fascinée par l’amalgame culturel, où se rencontrent un éventail de communautés.

J’étais surprise que le temps passe lentement, étonnée par la quantité de choses que l’on peut voir, sentir, toucher, respirer en une seule journée.

J’étais heureuse de pouvoir me lever tard, de manger du fromage le matin, pour accompagner la baguette achetée à l’épicerie du coin.

J’étais absorbée par les quatre romans que j’avais apportés.

Et je réalise que l’état d’esprit influence tout; je suis allée visiter l’Alhambra durant la vague de froid qui a frappé sur l’Europe. Tout ce dont je me rappelle de cette journée, c’est que j’avais froid. Pourtant; j’étais dans un lieu historique, magnifiquement bien conservé, rempli de mille et une anecdotes. Et ce qui m’a marqué, cette journée-là, c’est que malgré que plusieurs autres touristes fussent québécois, qu’on parlait la même langue, qu’on voyait les mêmes choses au même moment, il n’y avait aucun partage. Aucun sourire, aucun regard complice. Rien. Je me disais que ça ne se pouvait pas, de visiter un lieu culte sans aucune humanité.

Et je réalise que les moments qui m’ont le plus marqués sont ceux passés sur le balcon de la chambre 225, en compagnie de mon amoureux, à manger des pistaches en buvant un verre de vin. Ce sont les moments que nous avons passé à rire, à discuter de tout, de rien, et de ce quelque chose situé entre ces deux extrêmes.

Et certains disent : « Ben voyons, t’es en Espagne! Lève-toi aux petites heures du matin et ne revient que tard dans la nuit à l’hôtel! Profites-en! ». Et bien oui, c’est ce que j’ai fait, en profiter; pour une fois dans ma vie, je me suis levée à 11h du matin, je ne me suis pas pressée, j’ai visité des lieux magnifiques, me suis rempli les yeux et l’âme de beauté et surtout, j’ai eu le temps de prendre mon temps avec mon amoureux, loin de la routine, loin des obligations, des frustrations du quotidien.

-Stéphanie Deslauriers

L’échec

10 fév

Une de mes plus grandes réussites est née d’un de mes plus grands échecs.

En février dernier, j’appliquais sur un poste d’agent de développement à Boscoville, cet établissement pionnier dans la pratique psychoéducative québécoise. Je me suis préparée bien comme il le fallait; j’ai travaillé, retravaillé, et re retravaillé ma lettre de présentation, mon CV. J’ai bien étudié mes notions d’intervention cognitive comportementale, approche privilégiée par cet organisme.

J’ai reçu une lettre, quelques jours plus tard, disant qu’ils avaient beaucoup apprécié ma candidature, mais qu’ils avaient retenus quelqu’un d’autre. Mais que, si je le désirais, ils garderaient en réserve mes informations pour me contacter lorsqu’un prochain poste s’ouvrirait.

Quelques mois plus tard, le téléphone sonne; c’est la responsable des entretiens de Boscoville; j’ai une seconde entrevue! Un nouveau poste a été créé et ils veulent me revoir. Repréparation. Re étude. Puis, après une entrevue très positive, des regards d’approbation, des commentaires prometteurs, plus d’appel. Plus de lettre. Plus de nouvelle. Rien.

Et de là est ressurgie cette idée de partir à mon compte. De me gérer moi-même, avant de pouvoir gérer une entreprise, un organisme, « quelque chose ». « Mais juste à temps partiel », que je me disais. Au cas où.

Et le lendemain, une offre d’emploi dénichée sur le site de l’ordre des psychoéducateurs; une école privée, à 10 minutes de chez moi, se cherche une psychoéducatrice, à raison de deux journées par semaine. J’envoie mon CV, j’ai une entrevue le surlendemain et trois jours plus tard, j’ai le poste.

« Ça y est », que je me dis, c’est mon « cue ». Le jour suivant, une ancienne collègue me dit qu’elle a un bureau que je peux utiliser pour mes rencontres. Et puis, je fais faire mes cartes d’affaires par une amie graphiste. Et j’appelle; des milieux de garde, des écoles, des CPE. Puis, j’ai mes premières rencontres, puis mes deuxièmes, mes troisièmes. Un CPE me demande d’animer une formation, puis une autre, puis une autre.

Puis, j’écris. Ce blogue, un livre, des nouvelles.

Puis, je crée des liens, de manière quasi accidentelle, avec une psychoéducatrice. Qui enseigne, qui publie. Comme ce que je désire faire!

Puis, la vie, la vie…

Un échec a amené tout ce travail, tout ce dépassement de soi, toutes ces réussites, toutes ces fiertés, toutes ces marches montées, qui me prédestinent à en monter d’autres, ou peut-être à en redescendre, à stagner, à certains moments, au prochain palier. Pour reprendre mon souffle, pour contempler le chemin parcouru, pour reprendre des forces. Pour continuer.

-Stéphanie Deslauriers

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