Aujourd’hui, je rencontrais une maman au bureau. Avant son arrivée, je me suis laissée aller à une petite conversation de cadre de porte avec Marc, le propriétaire du bureau, qui est aussi un grand ami de ma collègue psychoéducatrice (vous savez, celle qui veut bien partager son bureau avec moi) et un psychologue bien en demande.
Nous parlions de tout, de rien, et de tout à nouveau; du fait que j’étais malade, que je trouvais que c’était long à remonter la pente, cette fois-ci. Que cela me faisait réaliser à quel point j’en fait des choses, dans une journée et que cela me demande une quantité d’énergie assez exceptionnelle pour y parvenir. Puisque je n’y parviens pas depuis une semaine; j’ai du annuler plusieurs engagements, à mon plus grand regret, pour prendre le temps de prendre mon temps. Pour prendre le temps de me reposer, de me soigner, de ne penser à rien, puis à moi, un peu.
Puis il m’a dit : « Mais là, en ce moment, ça ne va pas? Tu as les oreilles qui bourdonnent, le nez bouché, la gorge en feu, les yeux qui piquent, la toux qui te prend? Pourtant, je te trouve énergique. » Et je lui ai dit en riant : « Ah bon! J’avais l’impression de n’être que l’ombre de moi-même! ».
Et c’est là que j’ai compris. Ou que j’ai commencé à comprendre. Je suis hyper exigeante. Je m’en demande trop. Je me sens à terre, à plat, appelez ça comme vous voudrez et pourtant, ce n’est pas ce que je dégage. Ce n’est pas ce que les autres remarquent chez moi. Et pourtant, je sens que je n’ai l’énergie de ne rien faire. Que je n’arrive pas à me concentrer. À réfléchir. À écrire. À faire de l’ordre dans mes idées. Mais dans les faits, c’est faux.
Alors, est-ce que j’exige trop de moi-même? Est-ce que j’essaie d’atteindre des exigences beaucoup trop élevées, de façon beaucoup trop continue? Est-ce que j’ai peur de décevoir? Et qui? Moi? Les autres? Mon paternel, symbole sublime de mon complexe d’Œdipe non résolu?
Est-ce que je pourrais m’en exiger moins? Ainsi, je serais en mesure de livrer la marchandise de manière continue, non interrompue de périodes de fatigue, de maladie, qui m’envoient clairement le signal de ralentir la cadence.
C’est vrai que les six derniers mois ont été fous; j’ai commencé un nouvel emploi à l’école, j’ai entamé ma pratique au privé, été sollicitée pour divers projets touchant à la psychoéducation, je travaille sur mon premier livre à paraître dans quelques mois, j’alimente mon blogue, je travaille sur une formation que j’animerai, sollicite des revues pour une éventuelle collaboration, me déplace dans les CPE, dans les écoles, chez les gens, je me lève à 6h pour écrire et je peux terminer une rencontre sur la rive nord à 20h30 la journée-même… En à travers tout ça, j’essaie d’avoir une vie, que ce soit avec mon chum, mes amis, ma famille, mon moi-même, diantre! (Ça m’a toujours fait rire, ce mot. « Diantre! ». Ça me rappelle mes cours d’arts dramatiques au secondaire).
Alors, j’ai peut-être le droit, d’être malade. De ne pas fonctionner à plein régime. De me reposer. De ne rien faire. De ne pas m’en sentir coupable. De l’apprécier, même! De ne pas vraiment terminer cet article.
-Stéphanie Deslauriers

